L’Arménie et la Francophonie
02.11.2018

 

Après la belle réussite du XVIIe Sommet de la Francophonie d’Erevan, penchons-nous quelque peu sur la relation privilégiée qui unit l’Arménie et le monde francophone. Entre une vaste diaspora et une passion sans cesse renouvelée pour la langue française, il n’est pas anodin que la plus haute instance de l’Organisation internationale de la Francophonie se soit réunie au sein d’un pays qui, aux confins de l’Europe et de l’Asie, a fait du français une langue de cœur et a rejoint avec entrain la famille francophone.

Plus de 300 manifestations,  autant à Erevan que dans les différentes régions du pays, allant de lectures de contes français à des expositions, d’un concours de la chanson française à des projections de films et un festival du film francophone, de concerts classiques à des pièces de théâtre jouées par des étudiants et des écoliers. Voilà, en partie, ce qui composait le programme de la Saison de la Francophonie arménienne au printemps dernier, preuve s’il en est de l’attraction et du dynamisme que représentent la langue française et la Francophonie au pied du splendide mont Ararat.


Des échanges précoces avec le français


On peut certainement dater la francophilie arménienne aux alentours du 11e siècle de notre ère. Porteur du christianisme millénaire de l’Arménie (elle fut le premier Etat à l’adopter comme religion officielle en 301), le Royaume arménien de Cilicie, ou « Petite-Arménie », devient une halte pour la première croisade, grâce également à son positionnement géographique qui en fait un carrefour de culture et de commerce. Les Francs, au premier rang desquels se dresse le Brabançon Godefroy de Bouillon, sont chaleureusement accueillis et donnent naissance à une amitié intime entre le peuple arménien et la langue française.

Drapeaux de l'OIF et de l'Arménie flottant au-dessus d'Erevan - © francophonieerevan2018.am

Celle-ci est vécue comme une langue « refuge », dotée d’un fort pouvoir symbolique et porteuse, par la suite, des valeurs innovantes et exaltantes des Lumières, séduisant un peuple arménien sans cesse attaché à son indépendance et ayant subi durant toute son histoire les dominations et persécutions étrangères. La relation avec le français, ainsi qu’avec la France, se consolide.

Dans un article pour la reve Hermès, Nicole Koulayan parle d’une « francophilie tenace », tirée de « cette histoire cilicienne métissée de contacts ethniques, linguistiques et culturels avec les Francs venus en nombre, qui par la suite se transmettra de génération en génération, favorisant ainsi dans l’imaginaire arménien une cristallisation positive autour de la France ».
Le français est appris à l’école et, au 19e siècle, apprécié des élites ottomanes, parmi lesquelles se trouvent des hauts dignitaires arméniens tels que les Amiras. Un mouvement arménophile naît à Paris, soutenu par des artistes et intellectuels, en miroir aux souhaits d’une indépendance arménienne qui s’exprime dans l’Empire Ottoman mais qui est durement réprimée, jusqu’au génocide perpétré par le gouvernement « Jeunes-Turcs » en 1915, dans lequel plus d’un million d’Arméniennes et d’Arméniens sont assassiné-e-s. Beaucoup cherchent alors refuge en France, et y restent.

On estime aujourd’hui à environ 500 000 le volume de la diaspora arménienne présente en France. Actuellement, les Arméniens forment aussi des communautés relativement importantes au Liban, au Canada, en Belgique, en Grèce ou en Argentine, d’autres pays membres de la Francophonie.

Relations franco-arméniennes très solides


Alain Prost, Liz Sarian, Mathieu Madénian, Louise Aslanian, Youri Djorkaeff, Pascal Legitimus, Hélène Ségara, ainsi que l’immense et bien aimé Charles Aznavour, dont la mémoire n’a cessé d’être saluée durant le Sommet d’Erevan, sont quelques-unes de ces personnalités arméniennes, ou françaises ayant des origines arméniennes, une marque de l’influence de l’Arménie et de sa diaspora dans la vie de l’Hexagone.

Charles Aznavour lors du Grand Concert de la Francophonie organisé au Palais des Nations de Genève, 13 mars 2018 - © OIF

L’Université française d’Arménie (UFAR) est un autre exemple de la relation privilégiée qui unit les deux pays. Fondée en 2000, elle dispose d’un accord de partenariat avec l’Université Jean Moulin Lyon 3 permettant à son millier d’étudiants, sélectionnés sur le volet pour suivre une formation en droit, en gestion, en marketing ou en finance, en plus de cours intensifs de français, d’obtenir un double diplôme en fin de parcours.

L’Arménie a toujours gardé une affection pour le français et la France, et les liens politiques et diplomatiques entre Erevan et Paris se sont renouvelés à la sortie de l’Union soviétique, en 1991. Signalons aussi que la France s’est engagée à co-présider le Groupe de Minsk, destiné à négocier une résolution du conflit du Haut-Karabagh.


Une implication constante, et au plus haut niveau, au sein de l’OIF


Selon S.E. M. Ter Stepanian, Ambassadeur, Représentant personnel du Président de la République d’Arménie auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en plus de la langue française en tant que telle, c’est également  le « partage des valeurs fondamentales portées par la Francophonie, cet attachement profond de l’Arménie aux valeurs de paix, de démocratie, de respect des libertés et des droits de l’homme, de la diversité culturelle et linguistique » qui l’a poussée à rejoindre la famille francophone. D’abord en tant que pays observateur de l’OIF en 2004, jusqu’à obtenir le statut de membre de plein droit lors du XIVe Sommet de la Francophonie de Kinshasa, en 2012.

Pour l’Arménie, la famille francophone représente, toujours selon S.E. M. Ter Stepanian, un « vaste espace de coopération, de dialogue et d’échanges », ainsi qu’une « opportunité d’ouverture sur le monde, une chance de nouer de nouvelles coopérations avec des pays avec lesquels elle entretenait peu de relations. »

Francophile et francophone, l’Arménie s’est activement impliquée dans l’ensemble des activités de la Francophonie, à commencer par les nombreuses manifestations organisées lors de la Saison de la Francophonie chaque année, mais aussi la signature d’un Pacte linguistique en 2012 (et reconduit en 2016) visant, entre autres, à instaurer le français comme 3e langue étrangère optionnelle dans les établissements scolaires et à former environ 200 fonctionnaires et diplomates à l’usage du français dans les organisations internationales. Aussi, en novembre 2017, le Ministère de l’Éducation et des Sciences d’Arménie a sans surprise signé, avec l’OIF, le Mémorandum de partenariat sur la coopération éducative.

En outre, l’Arménie a assuré la présidence du Réseau des structures et institutions nationales en charge de la Francophonie en Europe centrale et orientale (RESIFECO) durant deux ans, et c’est à Erevan que s’est tenu le premier Séminaire régional sur l’égalité femme-homme, ayant pour thème la contribution de la société civile, en 2015. La 3e édition des Olympiades internationales de français s’est quant à elle déroulée à Aghveran, en octobre 2017.

Au-delà de son implication dans les activités régionales, rappelons qu’en 2015, Erevan a organisé la 31e Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF), en présence de la Secrétaire générale de la Francophonie, S.E. Mme Michaëlle Jean, et du Président de l’Arménie, S.E.M. Serge Sargsyan. Un an plus tard, sa candidature a été approuvée, lors du Sommet d’Antananarivo, pour organiser le XVIIe Sommet de la Francophonie en 2018 – le deuxième à avoir lieu dans la région après le XIe Sommet de Bucarest en 2006. Une récompense de l’engagement francophone soutenu que démontre l’Arménie depuis qu’elle a rejoint la Francophonie, et ce Sommet fut l’occasion pour l’ensemble du monde francophone de découvrir toute la richesse et l’hospitalité arméniennes.

Photo de famille lors du XVIIe Sommet de la Francophonie, à Erevan, en 2018 - © OIF

Source: lepetitjournal.com

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